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Vivalia 2025, la politique du flou

Mais où en est-on vraiment?

Que n’a t-on pas encore écrit sur Vivalia 2025? Ce projet, né il y a maintenant plus de cinq ans semble alterner avances précipitées puis enlisements coupables – et ce à un rythme effréné – c’est le moins que l’on puisse dire à ce sujet!

A tel point qu’aujourd’hui, avouons le, nous perdons le fil et plus grand monde ne comprend vraiment ce qu’il en est – population, personnel, presse et politiques compris.

J’ai peine à le dire mais – à ce jour – Vivalia est un bateau qui navigue à vue, dans un brouillard alimenté en bonne partie par son propre management et recherchant aujourd’hui à amerrir coûte que coûte.

Au gré de cette campagne communale, j’ai entendu plusieurs fois dans la bouche d’Arlonais(e)s – mais pas que – les propos suivants:

« Vivalia 2025? Mais ça y est, c’est réglé, l’hôpital d’Arlon est sauvé! Non? »

La réponse est malheureusement NON!

Rien n’est sauvé à l’heure actuelle!

Malgré un NON ultime du conseil médical Arlonais (CSL), le plan final Vivalia 2025 a bel et bien été déposé le 22 août 2018 auprès de la région Wallonne (AViQ, l’agence wallonne compétente en matière de santé). C’est donc aujourd’hui entre leurs mains que réside le sort des hôpitaux de soins aigus en Province de Luxembourg.

Ce sont des faits. Nous sommes donc en attente d’une décision ministérielle Wallonne.

Oui une décision Wallonne, car même si c’est le niveau Fédéral qui gère et finance le fonctionnement des hôpitaux, leur construction/rénovation est quant à elle une compétence bien Régionale.

La lasagne institutionnelle belge est ainsi faite, celui qui finance les soins ne peut décider de construire un hôpital et vice-versa

C’est ubuesque mais c’est ainsi.

Sous-localisme? Trop facile!

Je me souviens d’un édito taxant les Arlonais – et son Bourgmestre Vincent Magnus en pointe du combat – de sous-localisme face au nécessaire et « indispensable » projet de Vivalia 2025. Le choix étant fait par le conseil d’administration de Vivalia, Arlon devait alors s’y plier et ne pas se plaindre?

Est-il permis de penser autrement, hors des champs partisans?

Peut-on être Arlonais, tenir au maintien de son hôpital, mais tenir tout autant à une solution équitable pour tous les Luxembourgeois(e)s, avec des hôpitaux de pointe dans le Nord, le Centre et le Sud de la Province?

Peut-on espérer que l’intercommunale de soins s’en tienne à sa mission première, à savoir offrir des soins de qualité et de proximité pour tous les Luxembourgeois(e)s?

Comment peut-on croire que le projet actuel soit dans l’intérêt de tous, particulièrement de celles et ceux qui habitent dans les bassins de vie de Libramont, Bastogne et Arlon? On parle ici de trois pôles majeurs de notre Province.

Des questions sans réponse

Tout au long de ces dernières années, j’ai eu l’occasion – avec d’autres – d’interpeller le management de Vivalia, que ce soit en direct (à l’assemblée générale) ou via la presse et en séance du conseil communal d’Arlon.

Les incohérences soulignées n’ont jamais engendré la moindre remise en cause de la méthode et du projet, le management avançant depuis le début à la hussarde.

De quelles incohérences parle-t-on? État des lieux.

  • Des approximations scientifiques à la base du projet

Le rapport de base du projet Vivalia 2025 comparait trois scénarios de maintien des trois hôpitaux à Arlon, Marche-en-Famenne et Libramont, de création d’un nouvel hôpital au Centre-Nord ou au Centre-Sud. C’est finalement ce dernier scénario qui a été retenu, c’est-à-dire le maintien de l’hôpital de Marche-en-Famenne et la création d’un hôpital Centre-Sud regroupant Arlon-Libramont-Bastogne.

Comment ont-ils décidé? Par une méthode de choix dite multi-critères, où plusieurs groupes de travail (panels d’experts) pondèrent plusieurs critères (p.ex. qualité de soin, accessibilité et même un critère dit de « stratégie interne ») pour ensuite classer les différents scénarios entre eux. Au final, la pondération spécifique des directeurs de Vivalia a clairement fait pencher la balance vers le scénario Centre-Sud, biaisant considérablement le modèle. C’est un peu technique mais facile à démontrer, quoiqu’en dise le management.

Ce rapport devait constituer la « vérité » scientifique et devait mettre toute le monde d’accord, le conseil d’administration a été interpellé jadis sur cette manipulation des résultats, mais en vain.

  • La négation de la réalité transfrontalière

Autre argument alors avancé, le fait que l’hôpital de Marche-en-Famenne soit proche des pôles hospitaliers de Liège et Namur rendait impossible le scénario Centre-Nord (un hôpital au centre de Marche, Libramont et Bastogne). C’est tout à fait vrai, cette logique se tient complètement.

Le hic, c’est que la réflexion inverse n’a absolument pas été menée dans le cadre d’Arlon, en ne prenant (volontairement?) pas en compte le pôle hospitalier du Grand-Duché de Luxembourg dans l’analyse des flux de patientèles. Oui, vous lisez bien, on arrêtait l’analyse aux frontières, chose que le patient ne fait pas forcément!

  • Un projet non adapté à la réalité Luxembourgeoise

Il est indiscutable que la tendance hospitalière, en Wallonie, est à la fusion de sites hospitaliers.

A Tournai, Liège et Charleroi, des fusions de sites hospitaliers sont menées par regroupement au centres des villes.

Dans chaque cas, des fusions sont opérées en milieu urbain et avec des périodes transitoires bien définies et budgétées – comme par exemple la prise en charge transitoire de l’ambulatoire entre les sites à fusionner.

Ici, avec une fusion hors centres urbains, avec des périodes transitoires indéfinies et en faisant fi de la mobilité des patients, Vivalia 2025 est donc bien à contre-courant de la tendance Wallonne en matière de regroupement hospitalier!

  • Une mobilité non prise en compte

Aucune étude de mobilité n’est associée au scénario privilégié, aucune. Et elle sera de toute manière bien pauvre au final.

Les trois sites de Libramont, Bastogne et Arlon drainent – ensemble – via des arrêts TEC devant les hôpitaux pas moins de 31 lignes de bus (17 à Arlon, 8 à Bastogne et 6 à Libramont) avec 29 itinéraires distincts. Plus les gares SNCB de Libramont et Arlon, accessibles à pieds depuis les sites hospitaliers, nous avons donc ici un maillage de transport public existant qui ne sera jamais équivalent à celui du scénario Centre-Sud. C’est une évidence.

On comprendrait mal comment la région Wallonne cautionnerait un tel scénario, hors de tout maillage de transport public. Le tout dans une Province déjà parent pauvre en matière de transports publics en Wallonie!

  • Proxy-urgences et proxy-flou

Le concept si flou de proxy-urgence a permis – soyons de bon compte – de rassurer la population aux moments des tractations de votes sur le projet Vivalia 2025.

Au départ ambitieuse, la notion de « proxy-urgences » (urgences de proximité, terme inédit dans notre paysage hospitalier) signifiait – pour les sites d’Arlon, Libramont et Bastogne: une base de départ pour les PIT (i.e. Paramedical Intervention Team), une prise en charge et un diagnostic d’urgence,  une consultation ambulatoire, un hôpital de jour médical,  des proxy-urgences – dites urgences de proximité – avec garde 24h/24 et un accès rapide aux examens.

Avant le vote fatidique du CA (juillet 2015), on annonce même le lancement d’un projet-pilote de proxy-urgence sur le site de Virton, pour demande officielle d’homologation du concept auprès de la ministre De Block et une demande parallèle de financement auprès de la Région Wallonne. Il n’aura finalement jamais abouti! A-t-il seulement été déposé? Mystère.

Nous aurait-on passé la pommade nécessaire avant le vote positif du plan par les instances de Vivalia ? C’est une question que l’on peut légitimement se poser vu ces changements d’attitude et de communication de la part de la direction au cours ces deux dernières années.

  • Désinvestissements assumés et programmés

Un argument phare pour la création du nouveau site était de pouvoir attirer plus facilement des jeunes spécialistes dans la Province. Soit, l’objectif est parfaitement louable.

Mais quid du personnel en place et des investissements nécessaires durant la période intermédiaires?

Lors de l’AG de juillet 2017, au détour d’une autre question concernant la maternité des CSL, le Directeur Général annonçait qu’aucun investissement n’y sera fait durant la période transitoire. Aucun investissement, et ce pendant tout de même un minimum (très) théorique de 7 années avant la finalisation de l’hôpital Centre-Sud !

Dans les chiffres, la confirmation de ces propos était limpide. Sur le budget d’investissements 2018 de Vivalia, pour un total de 23 millions d’euros, les Cliniques du Sud-Luxembourg (CSL) en recevront 750.000 euros (3% du budget total!), c’est noir sur blanc dans le budget présenté – et approuvé par le CA!

Le budget d’investissement 2018 des CSL est donc – déjà – une coquille vide, en totale inadéquation avec les missions d’un hôpital de plus de 1100 agents et 400 lits agréés.

C’est une humiliation, dans les chiffres, faite au personnel et à la patientèle des CSL.

Comme si rien – des urgences, de la maternité ,de l’ancien couvent en passant par le bloc opératoire – n’avait besoin d’entretien et de (re)conditionnement en 2018.

Ces sous-investissements dans l’infrastructure ne pourront qu’aboutir – à très court terme – à une diminution significative de la capacité prospective des sites en question. Et donc à une diminution claire de l’attrait pour l’embauche de jeunes spécialistes!

Simple petite question, un(e) jeune spécialiste qui veut s’engager – par exemple à Libramont ou à Arlon – doit-il/elle aujourd’hui  s’installer dans ces villes ou bien à Houdemont directement?

La réponse à cette question est tout bonnement impossible à formuler aujourd’hui, la gestion d’un dossier sensé ramener des spécialistes ne fait aujourd’hui que les éloigner de notre Province.

Il est temps de revenir à la raison et de cesser cette fuite en avant.

Je voulais pour conclure tirer spécialement mon chapeau à Kamal Mitri, le seul administrateur qui n’a pas varié de position en faveur des trois sites – au cours de ces 6 dernières années orageuses à Vivalia. Quelle ténacité il lui a fallu pour tenir bon, rejoint timidement par quelques uns à quelques encablures du scrutin communal! Comme par hasard …

Si on ne parlait pas de santé publique, on pourrait presque en sourire, mais aujourd’hui on a plutôt envie d’en pleurer.

Matthieu Sainlez

 

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